L’enseignement du piano

Cela fait maintenant vingt-deux ans que j’enseigne le piano. Si chercher à transmettre un savoir est toujours source d’enrichissement pour soi-même, travailler avec les enfants est une expérience irremplaçable.

Un professeur d’instrument vit une relation particulière avec ses élèves. Il les suit pendant une petite dizaine d’années et les voit passer de l’enfance à la fin de l’adolescence. Il est la seule personne extérieure à la famille à se retrouver chaque semaine en tête à tête avec chacun d’eux. Un climat de confiance s’installe progressivement. Ce qui est très important car on ne peut pas bien jouer du piano si l’on n’est pas à l’aise avec son professeur. A l’aise ne veut pas dire être « copain », à l’aise veut dire que l’élève a pris conscience que son professeur est objectif et cherche par tous les moyens à l’aider et à le valoriser. Ainsi, l’apprentissage difficile de la musique pourra être accepté plus facilement par l’élève.

Certains professeurs pensent que la sévérité est une preuve de sérieux et que faire pleurer un élève va lui permettre de se dépasser. Je suis complètement contre ces méthodes qui ne peuvent que générer de la crispation et un manque de confiance en soi quand ce n’est pas un dégoût définitif de la musique.  Le grand pianiste Aldo Ciccolini le dit très bien : « [Ces professeurs] sont en réalité très mal élevés pour la plupart, la sévérité n’étant souvent que la pièce de couleur qui masque l’incompétence ou un quelconque fantasme de pouvoir malséant » (1). Et le pianiste Yves Nat écrivait la même chose : « N’oublions pas que le travail pianistique doit être fait dans l’enthousiasme » (2).

S’il faut de la motivation pour progresser, il est très important de faire des progrès pour rester motivé. Aller trop vite sans tenir compte du propre rythme d’assimilation d’un élève est tout aussi mauvais que le laisser stagner, car dans les deux cas, c’est le dégoûter à terme. Il y a un équilibre à trouver pour chaque enfant, et chez chaque enfant, pour chaque période de son évolution. De nombreux adolescents ont un rythme d’apprentissage qui baisse au moment du collège, période où les chamboulements physiologiques qui se produisent avec la puberté ainsi que la modification de leur personnalité en raison de leur nouveau statut d’ « ado » gênent leurs facultés intellectuelles et modifient leur manière d’envisager l’apprentissage en général. En tenir compte est essentiel.

Si l’étude de la musique réclame une bonne oreille et une bonne mémoire musicale, l’apprentissage du piano nécessite la maîtrise de deux points fondamentaux : l’adaptation des doigts au clavier et la coordination des mains. Cela demande beaucoup de patience et d’efforts de la part de l’élève et du professeur. Certains enfants, en revanche, n’éprouvent aucun problème : la main se place parfaitement et le cerveau gère avec facilité le fait que chaque main joue des choses différentes. Ce sont les élèves doués. Pour certains, ce don ne les avantage pas car se sentant des facilités ils renâclent au travail quotidien et quelques années plus tard arrêtent le piano sans avoir produit les miracles escomptés. Au piano, la répétition quotidienne est la condition sine qua non pour progresser

Frédéric Boucher, pour Une Aventure musicale, mai 2011.

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1. Aldo Ciccolini, Je suis un lirico spinto…, Entretiens avec Pascal Le Corre. Editions Van de Velde, 2007, p.47
2. Yves Nat, Carnets. La Flûte de Pan, 1983, p.47

Une réflexion au sujet de « L’enseignement du piano »

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