Pourquoi la musique classique nous fascine-t-elle ?

Les définitions de la musique ont été nombreuses au fil des siècles mais aucune n’est vraiment satisfaisante.

La musique est comme les autres arts, elle exprime, c’est donc qu’elle est expressive. « Expressif » ne voulant pas dire « sentimental ». La joie, la douceur, la mélancolie, la tristesse, les regrets, la violence, l’ennui, l’inertie même sont autant d’expressions différentes.

Le chef d’orchestre roumain, Sergiu Célibidache, disait que la musique était « une forme de vie » (1). Il y a dans une œuvre musicale, comme dans un corps humain, un cœur qui bat, du sang qui coule dans les veines, une respiration, une évolution permanente. Une œuvre est réussie s’il y a « un déroulement sonore cohérent à condition que chaque élément exerce une fonction particulière et se lie aux autres pour former un même tout » (2) mais un même tout expressif. Comme un corps humain, le cœur bat, les poumons se remplissent d’air, l’estomac de nutriments et tout cela pour que l’humain vive, aime, réfléchisse, agisse, dorme, se fâche… Une œuvre réussie est une œuvre dont toutes les parties ont un rôle précis à jouer dans l’expression générale de la pièce.

La composition d’une œuvre de musique classique est  tout autant le fruit de l’intelligence, de la culture et de la sensibilité qu’une œuvre picturale ou littéraire. Une œuvre d’art nous rappelle au plus profond de nous-mêmes des sensations et des émotions riches, intenses, et les affine également par le truchement de l’intelligence, de la culture et de l’hypersensibilité de l’artiste. Au sujet de la peinture, le philosophe Maurice Merleau-Ponty écrivait dans un essai sur Cézanne : « [Je ne regarde pas un tableau] comme on regarde une chose, je ne le fixe pas en son lieu, mon regard erre en lui comme dans les nimbes de l’Être, je le vois selon ou avec lui plutôt que je ne le vois. » (3) La musique également nous prend et nous emmène avec elle, plus qu’elle ne s’écoute réellement.

Pourquoi nous intéressons-nous encore à la musique du passé ? « L’histoire des styles musicaux est celle de la construction continue par l’homme de son essence humaine. » dit encore Anne Désesquelles (4). Il n’y a pas de progrès en art mais une évolution, un cheminement dont chaque étape a produit des chefs-d’œuvre et est le reflet d’une part d’humanité. Si la musique du passé est universelle, si les œuvres d’un Bach, d’un Mozart ou d’un Beethoven nous touchent, c’est que, traduisant cette part d »humanité, elles enrichissent notre monde émotionnel.

Frédéric Boucher, pour Une aventure musicale, mai 2011

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1. Célibidache, Textes réunis par Stéphane Müller et Patrick Lang. Editions K.films, 1997 p.57

2. Anne Désesquelles, L’expression musicale. Peter Lang, 1999, p.28

3. Maurice Merleau-Ponty, Le doute de Cézanne, in Œuvres, Gallimard, collection Quarto, 2010, p.1596

4. op. cit., p.62

Une réflexion au sujet de « Pourquoi la musique classique nous fascine-t-elle ? »

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