Les Davidsbüdlertänze de Schumann

Les commémorations du 150ème anniversaire de la mort de Schumann (1810-1856) ont été d’une discrétion exemplaire ! Sans sous-estimer évidemment l’importance d’un Mozart (1756-1791) ou d’un Chostakovitch (1906-1975) qui, d’ailleurs, feront prochainement l’objet d’un article sur ce blog, Schumann méritait mieux dans le tapage médiatico-commercial que ce silence injuste.

On a tous en tête le destin fabuleux de ce couple romantique : étudiant le piano avec Frédérick Wieck, Schumann s’éprend de la fille de son professeur, Clara, jeune pianiste virtuose, et les deux êtres vivent un amour intense que le père cherche à briser. Mais, après plusieurs années de lutte, la justice appelée à trancher donne raison aux deux jeunes artistes et Robert peut enfin épouser Clara.

Toute la musique de Schumann, influencée par Goethe, Schiller, Heine, Hoffmann, Richter dit « Jean-Paul », cette littérature allemande qu’il connaît parfaitement, exprime une sensibilité à fleur de peau nourrissant élans passionnés et rêves angoissés, idéalise le monde merveilleux de l’enfance, laisse l’imagination gambader dans l’univers mystérieux, mystique voire terrifiant de la nature, et, dans les œuvres antérieures à 1840, traduit l’amour pour Clara et l’attente anxieuse et révoltée devant le veto opposé par le père de la jeune fille.

C’est le cas, par exemple, des Davidsbündlertänze op.6, danses des compagnons de David, écrites en 1837 et dédiées à un neveu de Goethe. Le titre permet à Schumann d’affirmer nettement son appartenance au clan des défenseurs de la vraie musique, celle de Mozart, Haydn, Beethoven, luttant contre les Philistins de l’Art, la bourgeoisie allemande de l’époque qui ne jure que par des petits maîtres légers et sans génie. Le thème du double, thème romantique par excellence, déjà présent dans Les Papillons, sa deuxième composition achevée en 1830, et qui va hanter Schumann toute sa vie, se retrouve dans ces morceaux plus proches de la fantaisie que de la danse, et au bas desquels, sur la partition, on peut lire, comme une signature, F (Florestan) ou E (Eusébius), deux pseudonymes que Schumann utilise dans la revue musicale fondée par lui quatre années plus tôt et qui incarnent l’un l’ardeur, l’autre le rêve.

Composées à vingt-quatre ans, cette partition révèle déjà la richesse exceptionnelle de l’écriture schumanienne où, comme l’écrivait si bien le musicologue Olivier Alain, la musique naît, « dans une complexité spontanée sous l’angle harmonique, polyphonique, rythmique et dynamique » à la fois et cela au profit d’une recherche obsessionnelle d’un univers intérieur tourmenté fait de pulsions contradictoires et de folie créatrice.

Frédéric Boucher, pour Pianoblog, 15 septembre 2006

Une réflexion au sujet de « Les Davidsbüdlertänze de Schumann »

  1. Ping : Liste des articles | Frédéric Boucher

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s