Disparition du pianiste Fou T’song

Disparition du pianiste Fou T’song

La disparition récente du pianiste chinois Fou T’song a ému le monde musical et plusieurs hommages ont eu lieu. Mais le public français connaissait mal cet interprète qualifié de « poète du piano » et qui mena une brillante carrière internationale.

Le père de Fou T’song, né en 1908, était un intellectuel dont les études à Paris l’avait conduit à traduire en chinois Honoré de Balzac, Romain Rolland… En 1966, la Révolution culturelle s’acharna contre lui. Avec son épouse, il mit fin à ses jours. Vingt ans plus tard, il fut réhabilité et les lettres qu’il avaient laissées à son fils furent publiées.

C’est en 1934 à Shanghai que naquit Fou T’song. Il étudia le piano notamment avec Mario Paci, fondateur de l’orchestre de Shanghai. En 1953, il remporta le troisième prix au Concours International Georges Enesco de Bucarest puis obtint une bourse pour étudier au Conservatoire de Varsovie dans la classe de Zbigniew Drzewiecki dont l’aura était considérable. En 1955 il se présenta au Concours Chopin de Varsovie et remporta le 3ème Prix et le Prix de la meilleure interprétation des mazurkas dont il savait traduire la poésie si particulière.

Il s’installa alors à Londres et devint l’un des premiers musiciens chinois à faire une carrière internationale dans le monde de la musique classique occidentale qui l’accueillit avec admiration et respect. En 1959, il épousa la fille de Yehudi Menuhin avec qui il eut un enfant. Lorsqu’il divorça quelques années plus tard, il se remaria avec une pianiste de Shanghai, Patsy Toh. Les tournées et les enregistrements rythmèrent sa vie mais curieusement la France ne le programma que très rarement.

Son jeu se caractérisait par un toucher lumineux et un grand art des nuances. Ses interprétations poétiques s’attachaient à traduire les émotions avec une authentique sincérité. S’il fut d’abord apprécié dans les œuvres de Chopin, il démontra très vite des inclinations pour Scarlatti, Haydn, Mozart, Schubert, Schumann sans oublier Debussy que sa double culture lui permettait de traduire à merveille.

A plusieurs reprises, il fut appelé à siéger au prestigieux jury du Concours International Reine Elisabeth de Belgique et à celui du Concours Chopin de Varsovie.

L’enseignement joua également un rôle très important dans sa vie. De nombreux élèves étudièrent sous sa direction. Martha Argerich, Leon Fleisher, Radu Lupu et plus récemment François-Frédéric Guy et François Dumont, pour n’en citer que cinq, restent très reconnaissants de ce qu’ils ont appris de lui. « Il avait ce pouvoir de transformer un musicien en seulement une heure de cours, par quelques mots, quelques gestes. Il avait un magnétisme. En tant qu’étudiant, à côté de lui, on sentait qu’il se passait vraiment quelque chose. » expliquait tout récemment François Dumont au micro de France Musique.

Le 28 décembre 2020, il fut emporté par la COVID à l’âge de 86 ans.

Frédéric Boucher, pour le bulletin de l’AMAH, 20 février 2021