Strauss, Lekeu : deux très belles sonates pour violon et piano par le duo Kolly d’Alba – Chamorel

C’est en novembre dernier que j’ai découvert en concert la violoniste Rachel Kolly d’Alba et le pianiste Christian Chamorel dans le même programme que celui de ce CD proposé par le label Indésens. Quoi de plus exaltant que de découvrir deux artistes de si grand talent et de redécouvrir ces deux sonates pour violon et piano, deux grandes œuvres du répertoire éclipsées par les figures dominantes que représentent les sonates de Beethoven et de Brahms, celles de Fauré, Franck et Debussy.

Guillaume Lekeu dont la carrière très prometteuse a été stoppée net par le typhus (il avait vingt-quatre ans) a composé cette sonate deux ans avant sa fin soudaine. Compositeur belge né à Verviers, Guillaume Lekeu a vécu la grande partie de sa courte vie en France. Il a été très influencé par Beethoven et Wagner, puis César Franck dont il a été l’élève et enfin, après la mort de Franck, par Vincent D’Indy qui lui a prodigué de nombreux conseils. Ses œuvres – la sonate pour violoncelle et piano, les études d’orchestre, la cantate Andromède, la sonate pour violon et piano, les mouvements achevés de son quatuor pour ne citer que quelques opus tant sa production est beaucoup plus vaste qu’on ne l’imagine – témoignent de choix esthétiques déjà très prononcés : la volonté de « dramatiser » la musique instrumentale, le lyrisme des thèmes, la forme cyclique chère à César Franck, le travail thématique inspiré de Beethoven et l’importance accordée à l’architecture de ses compositions.

Quand Richard Strauss écrit sa sonate pour violon et piano – à l’âge de vingt-trois – il est loin d’être novice en la matière. Enfant prodige, il a commencé le piano à quatre ans et le violon à huit ans. A dix-huit ans, il a déjà composé près de cent-cinquante œuvres (pages d’orchestre, pièces pour piano, lieder, œuvres de musique de chambre). Quatre ans plus tard, le catalogue s’est fortement enrichi. Le 1er novembre 1887, il achève sa sonate pour violon et piano. On y trouve déjà ce style post-romantique qui va faire merveille dans ses poèmes symphoniques et ses opéras, cette grande inventivité mélodique, l’alternance de pages d’une immense énergie et de moments d’une infinie tendresse.

Rachel Kolly d’Alba et Christian Chamorel ont exactement les qualités requises, l’enthousiasme juvénile compris, pour donner de ses deux sonates passionnantes une splendide interprétation inspirée.

En bonus, une mélodie de Lekeu et un lied de Strauss adaptés pour violon et piano referment ce très beau moment de musique.

Frédéric Boucher, pour Au bonheur du piano, 2 février 2018

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